Qui est touché
~1 800 foyers très fortunés, mobiles.
Aucun nouveau contribuable : on cesse une dépense, on ne crée pas un impôt.
88,3 Md€ de recettes auxquelles l'État renonce chaque année. C'est près de 93 % du rendement de l'impôt sur le revenu, dispersé dans 465 dispositifs dont un tiers n'a jamais été sérieusement évalué. La vraie question n'est peut-être pas « faut-il taxer plus ? » mais « pourquoi tant de portes de sortie ? ».
Une « niche fiscale » (le terme officiel est dépense fiscale) est une dérogation à la règle générale : crédit d'impôt, réduction, exonération, taux réduit. Elle coûte exactement comme une dépense budgétaire, mais sans la voter ligne par ligne chaque année. Cette page laisse arbitrer : combien récupère-t-on en réformant telle ou telle niche, et à quelle hausse d'impôt cela permettrait d'échapper.
Une , ce n'est pas seulement un montage d'optimisation pour fortunés. C'est aussi le placement préféré des Français. Les intérêts du Livret A sont totalement exonérés d' et de (17,2 %), sans plafond de gains. C'est une dérogation à la règle générale : la définition même d'une niche.
Comparez : un même euro d'intérêt rapporté par un compte-titres est taxé à 31,4 % (). Sur un Livret A, il est taxé à 0 %. Pourtant, personne ne réclame la fin du Livret A. C'est exactement ce qui rend la réforme des niches si difficile : chaque niche, même la plus contestable, a ses 58 millions de défenseurs. Le clivage n'est pas « niche utile contre niche inutile », mais « niche visible et défendue contre niche discrète et oubliée ». Le Livret A est intouchable parce qu'il est populaire ; d'autres survivent simplement parce que personne ne les regarde.
Cet argent ne dort pas dans un coffre. Une large part des dépôts du Livret A et du LDDS est centralisée à la Caisse des Dépôts et Consignations, au sein de ce qu'on appelle le « fonds d'épargne » : 59,5 % des dépôts y sont transférés, le reste (40,5 %) demeurant au bilan des banques pour financer notamment le crédit aux PME.
Le fonds d'épargne transforme cette épargne liquide en prêts de très long terme (jusqu'à 80 ans) aux bailleurs sociaux et aux collectivités : construction et rénovation de logements sociaux, écoles, hôpitaux, politique de la ville. C'est la première destination de votre Livret A.
Pour garantir les retraits à tout moment, le fonds conserve aussi un portefeuille d'actifs financiers, composé en grande partie d'obligations et de titres d'État. Une fraction de votre épargne contribue ainsi, indirectement, au financement de la dette publique et des administrations.
Sources : economie.gouv.fr, à quoi servent les fonds du Livret A et Caisse des Dépôts, le fonds d'épargne. Taux de centralisation en vigueur 2025-2026.
Le mot « niche » fait peur, et beaucoup imaginent qu'y toucher reviendrait à ponctionner l'épargne des Français. C'est faux. Même si l'on taxait les intérêts du Livret A, cela n'enlèverait strictement 0 € au capital des épargnants : leur argent placé resterait intact, à l'euro près. Ils toucheraient simplement un peu moins d'intérêts.
Autrement dit, « réformer » cette niche ne consiste pas à prendre dans la poche des gens, mais à réduire un rendement marginal aujourd'hui exonéré. La distinction est essentielle : entre toucher au capital et taxer un peu plus le seul intérêt, il y a tout l'écart entre la peur et la réalité.
Le coût budgétaire de cette exonération est volontairement laissé hors du simulateur : il est diffus, varie avec le taux du livret, et profite très majoritairement à des ménages de toute façon peu ou pas imposables. C'est précisément ce qui en fait une niche défendable. Encours et nombre de comptes : Banque de France, février 2026.
Les coûtent presque autant que l' rapporte, et représentent à elles seules 64 % du déficit de l'État. Ce n'est pas une rustine, c'est un poste budgétaire majeur, simplement invisible.
Près de la moitié du coût pèse sur l'impôt sur le revenu, un quart sur la TVA. Ce ne sont pas des cadeaux marginaux : ce sont des pans entiers de la fiscalité percés de dérogations.
Choisissez un scénario, ou cochez les à réformer et réglez l'intensité. La recette récupérée et son équivalent en hausse d'impôt évitée se recalculent en temps réel.
0 % = on ne change rien. 100 % = suppression totale de la niche. Entre les deux : un rabot proportionnel sur le coût de chaque niche cochée.
Réformer ces niches rapporte autant que 4,3 % du rendement de l'impôt sur le revenu. Autrement dit, pour lever la même somme en augmentant l'IR, il faudrait l'alourdir de 4,3 % pour tous les contribuables. Ici, personne ne paie un euro d'impôt supplémentaire : on cesse simplement d'en dépenser par la fenêtre.
Chiffrage statique (borne haute) : il ne tient pas compte des reports de comportement. C'est un ordre de grandeur, pas une prévision de recette.
La (impôt plancher de 2 % sur les patrimoines de plus de 100 M€) a été rejetée en 2025. Sur le seul terrain du rendement budgétaire, voici ce qu'elle aurait rapporté, face à votre réforme des niches ci-dessus.
~1 800 foyers très fortunés, mobiles.
Aucun nouveau contribuable : on cesse une dépense, on ne crée pas un impôt.
Risque d’inconstitutionnalité (caractère confiscatoire), valorisation des actifs non cotés.
Simple loi de finances : le rabot des niches est voté chaque année, sans verrou constitutionnel.
Rejetée définitivement en 2025.
Levier disponible immédiatement, déjà documenté par la Cour des comptes.
Les deux outils ne poursuivent pas exactement le même but : la taxe Zucman vise les inégalités de patrimoine, le des niches vise l'efficacité de la dépense publique. Mais sur la question « comment trouver des recettes sans matraquer tout le monde ? », les niches sont un gisement plus gros, plus sûr et déjà à portée de main.
Le simulateur principal le montre, ligne par ligne : sur la valeur créée par une entreprise type (elle facture 250 k€, paie un salarié 30 k€ brut), une fois tout prélevé, il ne reste qu'environ 32 % de pouvoir d'achat réel, partagé entre le salarié et l'actionnaire.
Hausse de l'IR, de la CSG, de la TVA : la ponction tombe directement sur cette part déjà mince. Elle réduit le salaire net, le dividende net ou le pouvoir d'achat à la consommation. On attaque les 32 % qui restent vraiment aux gens.
On supprime une dérogation : une exonération, un crédit d'impôt, une aide. L'État cesse de renoncer à une recette. Le revenu disponible des ménages n'est pas amputé. Comme pour le Livret A : on ne touche pas au capital, juste à un avantage.
Une aide fiscale à une entreprise (un crédit d'impôt, par exemple) est censée la renforcer : investir, embaucher, chercher. Mais rien n'empêche une entreprise bénéficiaire de verser cette manne à ses sous forme de : l'argent public finit alors par améliorer le bilan, puis sort vers les actionnaires. La proposition est simple : si une entreprise distribue des dividendes, l'État se sert en premier pour récupérer l'aide qu'il a versée. Une fois l'aide remboursée, l'entreprise est libre de distribuer ce qu'elle veut.
L'idée n'est pas de supprimer l'aide aux entreprises ni d'interdire les dividendes. C'est de poser une priorité de remboursement : l'argent public revient d'abord au panier commun, et seulement après, l'entreprise est libre. Une niche devient ainsi une avance remboursable dès qu'elle sert à enrichir les actionnaires, et un vrai soutien quand elle sert à investir. Proposition pédagogique, non inscrite dans le droit en vigueur.
Réformer les dépenses fiscales est plus juste et plus indolore qu'une hausse générale d'impôt, mais ce n'est ni gratuit ni sans contrepartie. Les objections sérieuses, et ce qu'elles impliquent.
Certaines remplissent un vrai objectif : déclarer l’emploi à domicile, soutenir le don, encourager la R&D.
L’enjeu n’est pas de tout supprimer mais de cibler, plafonner et évaluer. Une niche efficace reste une dépense à piloter.
Pour le bénéficiaire, perdre un crédit d’impôt revient exactement à payer plus. Politiquement, c’est une hausse déguisée.
Vrai, mais l’assiette est ciblée et la dérogation rarement justifiée pour tous. Raboter le non-essentiel est plus juste qu’un impôt uniforme.
Réduire une niche provoque des reports de comportement : moins de travaux déclarés, optimisation, délocalisation de la dépense.
C’est pourquoi le simulateur est une borne haute. Mais même à 50 % du rendement théorique, les montants restent considérables.
Un rabot brutal sur la TVA travaux ou la restauration peut fragiliser l’emploi et le travail déclaré dans ces secteurs.
D’où l’intérêt d’un calendrier progressif et d’une évaluation préalable, plutôt que d’un coup de rabot indifférencié.
Chaque niche a son lobby, son rapport et son amendement de défense. Le rabot général sert souvent d’affichage sans réforme de fond.
Les revues de dépenses fiscales existent (IGF, Cour des comptes) mais sont peu suivies d’effet. Le problème est politique, pas technique.
Un tiers des dispositifs n’a jamais été chiffré ni évalué. On ne sait littéralement pas si certaines niches servent à quelque chose.
La première réforme, peu coûteuse, serait de rendre l’évaluation obligatoire et la reconduction conditionnelle, comme le recommande la Cour des comptes.
Montants 2024 (dernier exercice détaillé), arrondis. Tous les chiffres du simulateur (coût des niches, rendement de l'IR, déficit, nombre de dispositifs) dérivent de ces documents officiels.