La critique habituelle est mauvaise. On reproche souvent à L’Avenir en commun de ne pas dire d'où vient l'argent. C'est faux : le programme le dit. Barème de l'impôt sur le revenu à 14 tranches, CSG rendue progressive, impôt sur les sociétés refondu, impôt universel sur les entreprises. Les recettes sont là.
Le problème est ailleurs, et il est plus sérieux : l'affiche et le tableur ne parlent pas de la même population. L'affiche dit « les milliardaires ». Le tableur, lui, mobilise les deux assiettes les plus larges du pays, l'impôt sur le revenu et la CSG, dont l'essentiel repose sur les revenus du travail. Cette page reconstitue le partage, ligne par ligne.
Les libellés ci-dessous sont repris tels quels de L’Avenir en commun (édition janvier 2025, 831 mesures) et du site de campagne. Aucune reformulation, aucun raccourci. La discussion commence après.
« Rendre l’impôt sur le revenu plus progressif avec un barème à 14 tranches contre 5 aujourd’hui »
Barème allongé vers le haut. Le programme revendique une baisse pour 92 % des familles gagnant moins de 4 000 € par mois.
« Rendre la CSG progressive avec 14 tranches »
La CSG, aujourd’hui proportionnelle, deviendrait progressive. Son assiette est la plus large du pays : 157 Md€, dont 71 % assis sur les revenus d’activité.
« Supprimer la flat tax et imposer les revenus du capital comme ceux du travail »
Dividendes, intérêts et plus-values repasseraient au barème progressif au lieu du prélèvement forfaitaire.
« Rétablir et renforcer l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF), incluant un volet climatique »
Retour d’un impôt annuel sur le patrimoine total, supprimé en 2018 au profit de l’IFI immobilier.
« Taxe Zucman : impôt plancher de 2 % sur le patrimoine des milliardaires »
Un plancher d’imposition assis sur le patrimoine, visant environ 1 800 foyers détenant plus de 100 M€.
« Augmenter les droits de succession sur les plus hauts patrimoines et instaurer un héritage maximal de 12 millions d’euros »
Au-delà de 12 M€ reçus sur une vie, la transmission serait intégralement fiscalisée.
« Rétablir l’exit tax supprimée par Emmanuel Macron »
Imposition des plus-values latentes au moment du transfert du domicile fiscal hors de France.
« Réduire la TVA sur les produits de première nécessité et réinstaurer une « TVA grand luxe » »
Baisse de recettes sur l’assiette large, hausse sur une assiette étroite. Le solde est probablement négatif.
« Refonder l’impôt sur les sociétés pour établir l’égalité devant l’impôt entre PME et grands groupes »
IS progressif selon le bénéfice, favorisant l’investissement plutôt que la distribution.
« Instaurer un impôt universel sur les entreprises basant leur taxation sur l’activité réalisée en France »
Taxation assise sur le chiffre d’affaires réalisé en France, indépendamment du lieu du siège.
« Plafonnement des dividendes versés aux actionnaires »
Limitation réglementaire de la part du bénéfice distribuable aux actionnaires.
« SMIC net immédiat à 1 600 € »
Revalorisation immédiate du salaire minimum, avec effet sur le coût du travail et les grilles.
« Retraite à 60 ans pour 40 annuités »
Retour de l’âge légal à 60 ans. Poste de dépense le plus lourd du programme.
« Retour des 35 heures, 32 pour les métiers pénibles »
Réduction du temps de travail légal, avec effet sur le coût horaire.
« Écart de salaire maximal de 1 à 20 dans l’entreprise »
Plafonnement de la rémunération la plus haute à 20 fois la plus basse de l’entreprise.
Le programme revendique un excédent : 267 Md€ de recettes pour 250 Md€ de dépenses, chiffrage revendiqué en 2022. Contrairement à ce qu'on lui reproche souvent, le programme ne cache pas d'où vient l'argent : les postes sont listés ci-dessus.
La seule question qui vaut est donc celle de l'assiette. Qui, concrètement, compose la base de chacune de ces mesures ?
Le candidat annonce 267 Md€ de recettes nouvelles par an. La question n'est pas de savoir si ce total est atteignable, mais comment il se répartit. Nous chiffrons d'abord la partie qui porte sur les hauts patrimoines, avec une règle simple : borne haute systématique, et sur deux lignes une hypothèse plus généreuse que le chiffrage du candidat lui-même.
Borne haute de l’estimation de Gabriel Zucman. Les contre-chiffrages (Jaravel, Aghion) retiennent plutôt 5 Md€ une fois les comportements d’évitement intégrés. Assiette : environ 1 800 foyers au-dessus de 100 M€.
Le chiffrage du candidat lui-même retenait 10 Md€ en 2022. L’ISF a rapporté 5,07 Md€ en 2017, sa dernière année pleine. Nous retenons 15 Md€, soit un rendement triplé et 50 % de plus que ce que le programme revendique.
Chiffre du candidat, repris tel quel (10 Md€ au chiffrage 2022). Les droits de mutation à titre gratuit rapportent aujourd’hui de l’ordre de 18 Md€ : la mesure supposerait donc plus de 50 % de rendement supplémentaire.
Borne haute du chiffrage Institut Montaigne (3,2 à 3,6 Md€), qui prévient lui-même que l’assiette des dividendes se contracterait, réduisant ce gain.
Rendement historiquement marginal : l’exit tax est un dispositif dissuasif, pas une recette. Ordre de grandeur symbolique.
Le programme les nomme. Aucun chiffrage par ligne n'a été publié, on documente donc l'assiette plutôt qu'un montant, ce qui est précisément le sujet.
Tous les foyers imposables. Le programme promet une baisse pour 92 % des familles sous 4 000 € par mois, ce qui place la ligne de partage bien en dessous du 9e décile.
L’IR rapporte 95 Md€ au total, dont 76 % déjà acquittés par le décile supérieur.
Tous les revenus d’activité, de remplacement et du capital, dès le premier euro. C’est l’assiette la plus large du pays.
157 Md€ de rendement, dont 71 % assis sur les revenus d’activité, c’est-à-dire sur le travail.
Le bénéfice de toutes les entreprises. L’incidence économique se répartit entre prix, salaires et investissement.
L’Institut Montaigne chiffrait à 82,5 Md€ la hausse des prélèvements sur les entreprises.
L’activité réalisée en France par les groupes, quel que soit le lieu du siège. Recouvrement unilatéral incertain.
Aucun précédent opérationnel : le rendement dépend entièrement de la capacité à recouvrer hors conventions fiscales.
Aucune assiette nouvelle : il s’agit de mieux recouvrer l’existant. Le rendement dépend de moyens administratifs, pas d’un taux.
L’Institut Montaigne relève environ 26 Md€ à ce titre dans le chiffrage du candidat, montant qu’il ne retient pas.
L'ordre de grandeur.
L'impôt sur le revenu, la CSG et l'impôt sur les sociétés rapportent aujourd'hui 313,8 Md€ à eux trois. Faire produire 213,3 Md€ de plus à ce socle suppose de relever son rendement de 68 %.
Ce calcul ne dépend d'aucune hypothèse politique, seulement du rendement constaté de ces trois impôts. Et il ne dit pas que c'est impossible : il dit que l'effort ne peut pas venir d'une poignée de foyers, parce que ces trois impôts ne sont pas assis sur une poignée de foyers.
Le total de 267 Md€ est celui revendiqué par le candidat lors du chiffrage de 2022, dernier publié. L'édition 2027 du programme n'a pas encore de chiffrage global actualisé.
Le programme est explicite, et il faut lui reconnaître cette franchise : 92 % des familles gagnant moins de 4 000 € par mois paieraient moins d'impôt. La phrase dit donc aussi l'inverse. Au-dessus de ce seuil, on paie plus. Reste à savoir qui vit au-dessus.
C'est là que se situe la ligne de partage. Pas au sommet de la distribution : juste au-dessus du milieu. Concrètement, un couple dont chacun gagne un peu plus de 2 000 € net par mois est déjà du côté des perdants.
Il faut ce revenu mensuel pour entrer dans le décile supérieur. Le programme commence à prélever davantage près de 32 % en dessous de ce seuil.
La mesure la plus lourde du programme est aussi la moins commentée : rendre la CSG progressive avec 14 tranches. La CSG rapporte 157 Md€, soit plus d'une fois et demie l'impôt sur le revenu (95 Md€). Et 71% de ce produit est assis sur les revenus d'activité.
C'est l'assiette la plus large du pays, prélevée dès le premier euro, sans seuil d'entrée. On peut la rendre progressive, c'est un choix défendable et même une demande ancienne d'économistes de gauche. Mais on ne peut pas en tirer des dizaines de milliards sans toucher massivement les revenus du travail, parce qu'il n'y a presque rien d'autre dedans.
Même logique pour l'impôt sur le revenu : 76 % de son produit vient déjà du décile supérieur. Le gisement marginal ne se trouve pas au sommet, il est déjà pressuré. Il se trouve entre la médiane et le neuvième décile, exactement là où le programme place sa ligne.
On lit souvent que la France serait déjà « extrêmement progressive ». C'est vrai de l'impôt sur le revenu, et faux du système pris dans son ensemble. Autant le dire, parce que c'est vérifiable et parce que la suite du raisonnement n'en a pas besoin.
Rapporté au revenu primaire élargi, le taux moyen de prélèvement total est dégressif sur les quatre premiers déciles, puis à peu près stable sur les six suivants (Insee). Autrement dit : passé le bas de la distribution, presque tout le monde supporte un taux voisin. La progressivité de l'impôt sur le revenu est largement compensée par la TVA et les cotisations, qui pèsent proportionnellement plus bas.
Ce n'est pas un système confiscatoire pour les uns et clément pour les autres. C'est un système à taux élevé et à pente faible.
Travaux de l'Institut des politiques publiques. Le taux décroche tout en haut, via les holdings et les bénéfices non distribués.
Sur ce point précis, le programme a raison.
Un taux global qui tombe de 46 % à 26% quand on monte dans la distribution est une anomalie réelle, documentée par une institution publique, et il est parfaitement légitime de vouloir la corriger. C'est exactement ce que vise la taxe Zucman.
Mais l'anomalie concerne quelques milliers de foyers, environ 1 800 pour l'assiette Zucman. La corriger est une question de justice fiscale. Ce n'est pas une réponse à la question du financement, et les deux sujets gagnent à ne pas être confondus.
Le dossier complet sur la taxe Zucman, méthode de calcul comprise
Sur les 610 Md€ de recettes fiscales nettes encaissées en 2025, la première ligne n'est ni l'impôt sur le revenu ni l'impôt sur les sociétés.
Toute la consommation, tous les ménages, sans distinction de revenu
Les foyers imposables, avec une forte concentration sur le haut du barème
Le bénéfice des entreprises, hors contribution exceptionnelle
Les grands groupes, mesure temporaire de la loi de finances 2025
Le plancher de 20 % créé en 2025 pour les très hauts revenus
L'impôt sur le revenu, dans son intégralité, ne pèse que 95 Md€, dont 72,2 Md€ déjà acquittés par le décile supérieur. Les 40 700 foyers du 0,1 % en paient à eux seuls 13 %.
Un budget d'État se finance sur une assiette large. C'est une contrainte arithmétique, pas une préférence idéologique, et elle s'impose à tous les programmes, de gauche comme de droite.
Sortons du raisonnable un instant. Pas 2 %, pas 90 % : 100 %. On confisque intégralement le patrimoine des dix premières fortunes françaises, du jour au lendemain, sans recours. Aucune politique fiscale ne peut faire mieux, par construction. Voici le résultat.
Premier problème : ce n'est pas de l'argent.
Ces 500 Md€ ne dorment pas sur un compte. Ce sont des actions de LVMH, d'Hermès, de L'Oréal, de Dassault. Pour les transformer en recettes fiscales, il faut les vendre. Mettre en vente simultanément le contrôle de plusieurs des plus grandes capitalisations européennes ferait s'effondrer leur cours : les 500 Md€ affichés ne sont pas 500 Md€ encaissables. C'est d'ailleurs la difficulté technique centrale de la taxe Zucman, qui la contourne en n'en prélevant que 2 % par an.
Deuxième problème : ça ne marche qu'une fois.
Une dépense publique est récurrente : les retraites se paient tous les ans, les salaires des soignants tous les mois. Un patrimoine ne se confisque qu'une fois. Financer un flux permanent avec un stock non renouvelable est arithmétiquement impossible, quel que soit le camp qui le tente et quel que soit le taux retenu.
C'est le seul argument de cette page qui ne dépende d'aucune hypothèse contestable, d'aucun chiffrage discuté et d'aucun effet de comportement.
Ce que cette expérience prouve, et ce qu'elle ne prouve pas.
Elle ne dit rien sur la justice de la répartition des richesses, qui est un débat légitime et distinct. Elle ne dit pas non plus qu'un impôt sur le patrimoine serait absurde : prélever 2 % par an sur un stock, c'est justement transformer un stock en flux, et c'est soutenable tant que le taux reste inférieur au rendement du capital.
Elle établit une seule chose, mais définitivement : l'ordre de grandeur. Environ 1 800 foyers, même intégralement dépouillés, ne financent pas plusieurs années d'un budget d'État. Il y a trop peu de personnes, et leur richesse est trop peu liquide.
Tout ce qui précède a été calculé à assiette constante, c'est-à-dire en supposant que personne ne change de comportement quand le taux change. C'est une convention favorable au programme. Voici ce qu'elle laisse de côté.
Soit 1 305 Md€ de prélèvements obligatoires, deuxième niveau d'Europe derrière le Danemark. La France n'a pas un problème de recettes insuffisantes en niveau : elle prélève déjà plus que presque tous ses voisins, et dépense davantage encore. C'est l'écart entre les deux qui fait le déficit.
Les intérêts de la dette coûtent désormais à peu près autant que l'impôt sur les sociétés ne rapporte. Cette ligne passe avant toute politique publique et ne finance rien.
Un impôt plancher de 20 % sur les foyers déclarant plus de 250 000 € (le double pour un couple), voté en loi de finances 2025 et appliqué. Le seul test réel disponible.
21,1 % du rendement prévu.
Ce n'est pas une prévision d'institut, c'est une exécution budgétaire. Tout chiffrage d'un impôt ciblé sur les très hauts revenus devrait partir de là.
Ces effets ne sont jamais déduits de nos totaux. Ils servent uniquement à indiquer dans quel sens ceux-ci sont probablement biaisés.
Après l’instauration de la flat tax en 2018, le rendement du PFU au titre de l’impôt sur le revenu a quasiment doublé, à 6,8 Md€ en 2024. La causalité n’est établie que pour partie : une fraction tient à un effet d’anticipation (des distributions reportées de 2017 vers 2018) et à un déstockage ponctuel de réserves accumulées. France Stratégie est resté prudent sur l’ampleur de l’effet durable, et n’a jamais validé d’effet sur l’investissement.
Sous l’ISF, la France enregistrait en moyenne 950 départs pour 370 retours par an entre 2011 et 2016. Après le passage à l’IFI, la moyenne 2018-2021 s’établit à 260 départs pour 380 retours : le solde devient positif. Le sens est net, l’imputation causale à la seule réforme ne l’est pas.
Le Conseil d’analyse économique estime que l’exil supplémentaire provoqué par une taxe Zucman resterait compris entre 0,02 % et 0,23 % des hauts patrimoines français. C’est marginal, et cela ne suffit pas à disqualifier la mesure. Le vrai risque n’est pas la valise : ce sont les arbitrages de ceux qui restent, distributions différées, localisation des holdings, cessions reportées.
Critiquer un programme sans rien proposer n'a pas d'intérêt. Une ligne du budget dépasse à elle seule tout le paquet fiscal examiné plus haut, et elle ne fait presque jamais campagne. Mais elle ne mérite pas non plus d'être vendue comme un repas gratuit.
465 dispositifs, pour ce montant de recettes auxquelles l'État renonce volontairement chaque année. Pas de la fraude : des exonérations, crédits et taux réduits votés, dont une partie substantielle n'a jamais été évaluée et dont certains sont reconduits depuis des décennies sans revue d'efficacité.
Disons-le tout de suite : supprimer une niche, c'est augmenter un impôt.
Ce serait malhonnête de reprocher au programme de ne pas nommer qui paie, puis de présenter les niches comme de l'argent qui traîne. Techniquement, aucun taux ne monte. Économiquement, quelqu'un paie davantage, et ce quelqu'un n'est pas majoritairement fortuné.
Alors pourquoi cette piste plutôt qu'une autre ?
Pas parce qu'elle serait gratuite. Parce qu'elle élargit l'assiette au lieu de relever le taux. Personne n'a de raison de partir, personne ne modifie son comportement pour y échapper, puisqu'on supprime précisément l'incitation à le modifier. Un rendement de 88,3 Md€ annoncé sur une niche a donc beaucoup plus de chances d'être encaissé qu'un rendement annoncé sur un impôt ciblé, comme la contribution différentielle vient de le rappeler.
Et parce qu'elle est politiquement coûteuse, ce qui est bon signe. Supprimer une niche ne se heurte pas à une poignée de contribuables mobiles, mais à un secteur organisé qui défend son dispositif : hôtellerie, outre-mer, transport, immobilier locatif, recherche. Il n'y a pas de slogan de meeting là-dedans, et aucun adversaire commode à désigner.
Un raisonnement qui ne survit qu'en cachant ses angles morts ne vaut rien. Voici les points sur lesquels le programme analysé a raison, et ceux où notre propre démonstration reste fragile.
Les travaux de l'Institut des politiques publiques établissent que le taux global de prélèvements passe d'environ 46 % pour les 0,1 % les plus aisés à 26 % tout en haut de la distribution. C'est une régressivité documentée par une institution publique. Rien dans cette page ne la conteste, et corriger cette anomalie est une revendication légitime. Notre objection porte sur le rendement attendu, pas sur le principe.
Le rapport d'évaluation de l'Assemblée nationale sur la transformation de l'ISF en IFI est sans ambiguïté : gain fiscal moyen de 8 338 € par foyer concerné, et de 1 200 000 € pour les cent premiers contribuables à l'ISF. L'impôt acquitté par ces foyers a été divisé par au moins trois et demi. Le ruissellement attendu n'a, lui, pas été démontré par les évaluations successives.
Les 267 Md€ de recettes annoncées viennent du chiffrage de 2022, dernier publié par le candidat. L'édition 2027 du programme n'a pas encore publié de chiffrage global. Si celui-ci révisait les montants, nos pourcentages bougeraient. L'ordre de grandeur de l'effort demandé aux assiettes larges, lui, ne dépend pas de ce total.
L'ISF renforcé et l'exit tax ne reposent sur aucun chiffrage officiel actualisé. Nous les avons calibrées généreusement, au point de retenir pour l'ISF 15 Md€ là où le candidat lui-même annonçait 10 Md€. Un chiffrage officiel pourrait néanmoins les revoir à la hausse : il faudrait qu'il les multiplie par quatre pour déplacer la conclusion.
Nous renvoyons vers les 88,3 Md€ de dépenses fiscales comme gisement principal. C'est une hausse d'impôt déguisée, dont l'incidence tombe largement sur des ménages moyens : crédit d'impôt emploi à domicile, taux réduits de TVA, abattements sur les pensions. Nous le disons dans la section concernée, mais il faut le répéter ici : nous ne proposons pas un repas gratuit, seulement une assiette plus stable.
Les 10 % de ménages les plus fortunés détiennent environ la moitié du patrimoine des ménages français. Rien dans les pages qui précèdent ne conteste ce constat ni sa portée démocratique. La question posée ici n'est pas de savoir si cette concentration existe, mais si l'imposition de ce stock peut financer un flux budgétaire permanent.
Cette page évalue une question, et une seule : l'assiette visée peut-elle produire les recettes annoncées, et qui la compose ? Elle ne se prononce ni sur l'opportunité de la retraite à 60 ans, ni sur le niveau souhaitable du SMIC, ni sur la répartition des richesses. Ce sont des choix politiques : ils se tranchent dans l'urne, pas dans un tableur.
Les mesures viennent du programme officiel, les données publiques de l'Insee, de la DGFiP, de l'IPP et des rapports parlementaires. Les chiffrages contradictoires sont cités avec leur auteur.
Tous les totaux de recettes sont établis à assiette constante : aucun effet de comportement n’est jamais déduit d’un total. C’est une convention favorable au programme, puisque les évaluations disponibles concluent majoritairement à une contraction de l’assiette quand le taux monte.
Exil fiscal, arbitrages de distribution, reports de cession : ces effets sont documentés dans une section séparée et signalent le sens du biais de nos totaux. Ils ne sont jamais mobilisés pour minorer un rendement affiché. Sans cette règle, on choisirait ses effets selon ce qu’ils arrangent.
Chaque fois qu’un chiffrage existe sous forme de fourchette, la borne la plus favorable à la mesure est retenue. La taxe Zucman est comptée à 25 Md€, chiffre de son promoteur, alors que d’autres économistes retiennent 5 Md€. L’ISF est compté à 15 Md€ quand le candidat lui-même annonçait 10 Md€.
Chaque ligne chiffrée porte son origine : chiffre du candidat, chiffrage publié par une institution, ou hypothèse que nous assumons faute des deux premiers. Le lecteur doit pouvoir refaire le calcul et contester ligne par ligne.
Le partage est calculé sur les recettes ANNONCÉES par le candidat, pas sur les dépenses. Comparer un sous-ensemble de recettes au total des dépenses serait un homme de paille : le programme n’a jamais prétendu financer l’ensemble avec les seuls hauts patrimoines.
Les fragilités connues.
Total du paquet hauts patrimoines retenu sur cette page : 53,7 Md€ par an, en hypothèses hautes.