La critique habituelle est mauvaise. On reproche souvent au programme de ne pas dire d'où vient l'argent. C'est faux. Le groupe publie chaque automne un contre-budget chiffré au million près, et celui du 23 octobre 2025 s'équilibre : 88,3 Md€ d'un côté, 52,7 Md€ de l'autre. L'addition tombe juste.
Le problème est ailleurs, et il est plus sérieux : les deux colonnes ne sont pas de même nature. À gauche, des baisses qui portent sur les assiettes les plus larges du pays, toute la consommation d'énergie, tous les impôts de production. Elles sont certaines, immédiates et mécaniques. À droite, des recettes assises sur des assiettes étroites, mobiles, ou qui n'existent pas encore. Cette page reconstitue le partage, ligne par ligne, avec les chiffres du parti.
Les libellés et les montants ci-dessous sont repris tels quels du Contre-budget 2026 du groupe Rassemblement national, présenté le 23 octobre 2025. Aucune reformulation, aucun raccourci. La discussion commence après.
Premier constat, et il vaut résultat.
Aucun chiffrage global du programme présidentiel 2027 n'a été publié à ce jour, ni par la candidate, ni par une institution indépendante. Ce n'est pas un reproche propre à ce camp : la même page consacrée à La France insoumise fait le même constat pour son propre chiffrage.
Nous travaillons donc sur le document chiffré le plus récent et le plus complet dont le parti dispose, son contre-budget parlementaire. C'est un choix favorable au programme : un contre-budget est un exercice contraint, borné à une année et à des amendements réels, donc plus prudent qu'une plateforme de campagne.
Les lignes ci-dessus sont les principales de chaque colonne, pas la totalité : le document renvoie le solde à une annexe de postes plus petits, soit 8,8 Md€ pour les baisses et 9,5 Md€ pour les recettes. Les totaux affichés en tête de colonne sont ceux du parti, pas la somme de nos lignes.
Le document revendique 35,6 Md€ d'économies nettes, et son tableau annexe est cohérent : 88,3 Md€ de hausses de recettes et de baisses de dépenses, contre 52,7 Md€ en sens inverse.
L'addition tombe juste. La seule question qui vaut est donc celle de l'assiette. Qui, concrètement, compose la base de chacune de ces lignes, et avec quel degré de certitude ?
Le parti annonce 45 Md€ de baisses de prélèvements et 31 Md€ de recettes nouvelles. La question n'est pas de savoir si le total tombe juste, il tombe juste. Elle est de savoir ce que contient chaque colonne.
La quasi-totalité des entreprises redevables, indépendamment de leur bénéfice. Ces impôts financent le bloc communal et les régions, dont la compensation devrait être trouvée.
Toute la consommation d’énergie des ménages, sans condition de revenu. C’est l’une des assiettes les plus larges qui existent.
Toute la consommation du panier retenu, tous ménages confondus. La liste des 100 produits n’est pas publiée.
Tous les foyers imposables ayant au moins deux enfants. L’avantage du quotient familial croît avec le taux marginal, donc avec le revenu.
L’ensemble des contrats de complémentaire santé.
Les employeurs versant les avantages concernés.
Les employeurs ultramarins bénéficiaires des exonérations spécifiques.
Les employeurs d’apprentis.
Ces lignes totalisent 36,2 Md€ sur les 45 Md€ annoncés. Le solde, 8,8 Md€, est réparti dans l'annexe du document entre des postes plus petits que nous ne reproduisons pas ici.
Aucune de ces comparaisons ne mobilise une source extérieure ni une hypothèse. Elles confrontent des lignes du document à d'autres lignes du même document.
Le poste d’économies le plus commenté du programme ne couvre pas les deux baisses de TVA inscrites dans le même document. Ce n’est pas une opinion sur la mesure, c’est une soustraction entre deux lignes voisines d’un même tableau.
Les deux recettes que le document range sous « justice fiscale » et « fraude », 4 Md€ et 3,5 Md€, ne financent pas la mesure d’affiche du programme. Elles en couvrent moins des trois quarts.
L'asymétrie de certitude.
Une baisse de taux est mécanique : le taux baisse, la recette baisse, dès le premier jour, sans qu'aucun contribuable n'ait à changer de comportement. Une recette nouvelle assise sur une assiette étroite dépend, elle, de la réaction de quelques milliers d'acteurs mobiles.
Ce n'est pas une objection idéologique, c'est une différence de nature entre les deux colonnes du tableau. Le côté qui coûte est certain, le côté qui rapporte ne l'est pas. Et quand un rendement annoncé manque, il ne se reporte pas sur une autre recette : il tombe sur le déficit.
C'est la mesure la plus constante du programme, portée sans interruption depuis 2022. Elle mérite d'être examinée sérieusement : son assiette, son coût réel, et le droit qui s'y applique.
Chiffrage du ministère de l'Économie, 2024. En contrôle de cohérence, la Cour des comptes mesure la TVA assise sur l'énergie à 14,8 Md€ en 2021, dont 6,9 Md€ sur les transports et 7,4 Md€ sur le logement. Les deux sources concordent sur l'ordre de grandeur.
C'est précisément le seul poste des trois qui ne peut pas bénéficier d'un taux réduit dans le cadre du droit en vigueur. La majeure partie de la promesse porte donc sur la partie indisponible.
Il ne s'agit pas de discuter l'opportunité de la mesure, qui est un choix politique légitime, mais de rappeler le texte qui conditionne sa mise en œuvre et le calendrier qui en découle.
L’annexe III énumère limitativement les biens auxquels un État membre peut appliquer un taux réduit. Les carburants routiers n’y figurent pas. Or c’est sur eux que porte la majeure partie du coût de la mesure au chiffrage de l’administration.
La mesure suppose au préalable une révision de la directive TVA, qui se décide à l’unanimité des vingt-sept États membres.
Annexe III de la directive 2006/112/CE, modifiée par la directive (UE) 2022/542
Le taux réduit y est expressément ouvert « jusqu’au 1er janvier 2030 » pour la livraison de gaz naturel et de bois de chauffage. Au-delà, les combustibles fossiles cessent d’être éligibles.
Cette part de la mesure aurait une durée de vie de moins de trois ans à compter d’une prise de fonctions en 2027, sauf nouvelle révision adoptée à l’unanimité.
Point 22 de l’annexe III, dans sa rédaction issue de la directive (UE) 2022/542
Sur ce périmètre, le taux réduit est juridiquement possible, sous réserve de l’information préalable de la Commission et de l’absence de distorsion de concurrence.
C’est la partie de la mesure qui ne se heurte à aucun obstacle de principe. Elle représente la plus petite des trois assiettes.
Point 22 de l’annexe III
Un fait de procédure, sans commentaire.
Le règlement de l'Assemblée réserve à chaque groupe une journée par an où il fixe seul l'ordre du jour. Le groupe en a utilisé trois depuis 2022, le 12 janvier 2023, le 31 octobre 2024, le 30 octobre 2025. Aucune n'a inscrit de texte sur la TVA à 5,5 % sur l'énergie.
La mesure a en revanche été portée en amendement au projet de loi de finances pour 2023, le 7 novembre 2022, et rejetée. L'explication la plus probable de cette absence en niche est justement la contrainte juridique décrite ci-dessus : un texte contraire au droit de l'Union a peu de chances de prospérer, et une journée d'initiative parlementaire est une ressource rare.
Pour donner l'ordre de grandeur du gain individuel : le chiffrage indépendant de la mesure retient une TVA acquittée de l'ordre de 253 € par ménage et par an sur les carburants, et de 278 € sur l'énergie du logement. Le passage de 20 à 5,5 % en restituerait un peu plus des deux tiers, soit environ 385 € par ménage et par an en moyenne, si la baisse était intégralement répercutée dans les prix.
31 Md€ de recettes nouvelles sont inscrites au contre-budget. Nous ne contestons aucun de ces montants : nous documentons l'assiette sur laquelle chacun repose, ce qui est la seule question qui décide de leur encaissement.
Les rachats de leurs propres titres par les sociétés dépassant 750 M€ de chiffre d’affaires. Le groupe a fait adopter le 29 octobre 2025 un amendement portant le taux de 8 % à 33 %.
C’est la première ligne de recette du contre-budget. Un taux de 33 % agit d’abord comme une dissuasion : plus il est efficace à décourager les rachats, moins il rapporte. Le rendement est donc maximal dans le scénario où la mesure échoue à changer les comportements.
Le patrimoine financier au-delà de 1,3 M€, résidence principale et actifs professionnels exclus. L’immobilier, seule assiette de l’IFI aujourd’hui, en sortirait.
La ligne remplace deux prélèvements déjà perçus. L’IFI rapporte 2,2 Md€ à lui seul, acquittés par 186 000 foyers. Le gain net est l’écart entre le nouvel impôt et ceux qu’il supprime, pas les 4 Md€ affichés.
Aucune assiette nouvelle. Il s’agit de mieux recouvrer l’existant, ce qui dépend de moyens administratifs et non d’un taux.
Le Haut Conseil du financement de la protection sociale évalue la fraude sociale à 14 Md€, en détecte plus de 2 Md€ et en recouvre effectivement 0,68 Md€. Le montant annoncé représente cinq fois ce qui est aujourd’hui encaissé sur ce versant.
Les transactions dénouées dans la journée sur les titres concernés, assiette aujourd’hui hors du champ de la taxe existante.
L’assiette est par nature la plus mobile de toutes : l’activité intra-journalière peut se déplacer vers une autre place sans qu’aucun capital ne quitte le pays.
Recette de comportement : le pouvoir d’achat rendu par les baisses de TVA serait pour partie redépensé, et redonnerait de la TVA.
C’est le seul poste du document qui déduit explicitement un effet de comportement d’un total. Notre convention, appliquée à tous les programmes de cette série, est de ne jamais le faire. Nous le signalons plutôt que de le retirer.
Les demandeurs de visas de court séjour.
Assiette réelle mais bornée par le nombre de visas délivrés, et sensible à la demande touristique.
La fraude existe, elle est massive, et vouloir la combattre est légitime. Mais le montant estimé, le montant détecté et le montant encaissé sont trois grandeurs différentes. Seule la troisième est une recette budgétaire.
4,9 % de l'estimation finit encaissée.
Le contre-budget inscrit une recette de lutte contre les fraudes qui représente 5 fois ce qui est aujourd'hui effectivement recouvré sur ce versant. Le Haut Conseil du financement de la protection sociale titre lui-même son encadré : des enjeux financiers importants, mais des gains effectifs très en deçà des besoins.
66,7 % du notifié est recouvré.
Et surtout : ces 11,4 Md€ figurent déjà dans les recettes de l'État. Ils financent le budget actuel. Seul le supplément obtenu par un renforcement des contrôles pourrait financer une dépense nouvelle, ce qui est un périmètre bien plus étroit que le montant affiché.
La Cour des comptes a formulé la règle générale, et elle vaut pour tous les camps : le montant estimé de la fraude « ne peut pas être considéré comme une cagnotte dans laquelle les pouvoirs publics pourraient puiser à leur gré ». La page consacrée à La France insoumise applique exactement le même filtre à la ligne anti-fraude de son propre chiffrage.
Le chiffrage indépendant disponible place le surcroît de recette d'un tel impôt par rapport à l'IFI entre 1,2 Md€ et 2,5 Md€, pour un rendement total compris entre 3,2 Md€ et 4,5 Md€. Le montant annoncé par le parti est donc plausible comme rendement brut, et optimiste comme gain net.
Le document ne lève pas l'ambiguïté entre les deux lectures. Nous retenons la plus favorable au programme, celle du rendement brut, et signalons que le gain net qui en découle est alors inférieur de moitié au montant affiché.
C'est là que se joue l'essentiel du financement. Nous reprenons les blocs du document sans les recomposer, et sans mobiliser aucun agrégat extérieur de coût de l'immigration : il n'existe pas de chiffrage officiel consolidé de cette grandeur, et un dossier budgétaire ne peut pas s'appuyer sur un agrégat dont la valeur dépend des conventions retenues plus que des données.
Premier bloc du document. Il inclut la baisse de la contribution de la France à l’Union européenne, chiffrée à 8,7 Md€, dont le montant est fixé par un cadre pluriannuel négocié à vingt-sept.
Réservation des prestations de solidarité aux étrangers justifiant de cinq années travaillées, transformation de l’AME en aide médicale d’urgence, fin de l’accord de 1968 avec l’Algérie, frais de scolarité des étudiants étrangers, suppression du visa pour soins.
Baisse de la dotation globale de fonctionnement des régions et des intercommunalités.
Subventions, train de vie de l’État, dotation à l’audiovisuel public.
Poste de gestion de la dette et de la trésorerie.
Réservation des prestations sociales selon la nationalité
Le Conseil a jugé que l’exclusion des étrangers résidant régulièrement en France du bénéfice de l’allocation supplémentaire, dès lors qu’ils ne peuvent se prévaloir d’engagements internationaux, « méconnaît le principe constitutionnel d’égalité ». La disposition avait été déclarée contraire à la Constitution.
Une condition de nationalité pour l’accès aux prestations des étrangers en séjour régulier se heurte à cette jurisprudence. Une condition de durée de travail, qui est l’autre formulation retenue par le contre-budget, relève d’un raisonnement distinct que cette décision ne tranche pas.
Conseil constitutionnel, décision n° 89-269 DC du 22 janvier 1990, considérant 35
Le point de concentration.
Une seule ligne, la taxe sur les rachats d'actions, porte 27,1 % de toutes les recettes fiscales nouvelles du contre-budget. Elle repose sur une assiette que le taux proposé, 33 %, a précisément pour objet de faire disparaître.
C'est le même risque que celui documenté sur la page consacrée à La France insoumise, et il ne dépend d'aucune orientation politique : plus une taxe est efficace à décourager un comportement, moins elle rapporte.
La fiscalité de l'énergie est régressive par rapport au revenu. Ce n'est pas une opinion, c'est le constat de la Cour des comptes, établi à partir du modèle de microsimulation du commissariat général au développement durable. Autant le dire tout de suite, parce que c'est vérifiable et parce que la suite du raisonnement n'en a pas besoin.
Soit 1 851 € par an pour le logement et 1 827 € pour les carburants, en moyenne, en 2023.
Contre 19,0 % de la facture d'énergie du logement. Les produits énergétiques sont bien plus fiscalisés que le reste de la consommation.
Rapportée au revenu disponible, la TVA est dégressive. Rapportée à la consommation, elle est à peu près proportionnelle. Le premier chiffre soutient la prémisse du programme.
Sur ce point précis, le programme a raison.
Un prélèvement qui pèse 4 fois plus lourd, en part de revenu, sur les ménages modestes que sur les ménages aisés est une anomalie réelle, documentée par une juridiction financière, et il est parfaitement légitime de vouloir la corriger. Rien dans cette page ne le conteste.
Deux faits, tirés des mêmes sources officielles, tempèrent la portée de la mesure sans rien retirer au constat qui la motive.
Les deux propositions sont vraies en même temps, et il faut les tenir ensemble : la charge est plus lourde en part de revenu pour les modestes, et plus lourde en euros pour les aisés. Une baisse de taux uniforme rend donc environ 1,6 fois plus d'euros au quintile supérieur qu'au quintile inférieur.
Le diagnostic du programme est juste. L'outil retenu est, à dépense publique égale, le moins efficace des trois pour atteindre les ménages qu'il vise. Ce n'est pas un désaccord sur l'objectif, c'est une objection sur le rendement social de l'euro dépensé.
Quatre mesures emblématiques de 2022 ont un statut différent selon qu'on regarde le site de campagne ou les documents budgétaires du groupe. Le constat s'établit par comparaison de documents publics, pas par interprétation.
Le constat s’établit par l’absence dans les documents budgétaires, non par une déclaration d’abandon : aucune n’a été retrouvée.
Même constat par l’absence dans les documents budgétaires.
Comparaison des deux documents budgétaires du parti. L’Institut Montaigne chiffre la même mesure entre 4,7 et 8,8 Md€ selon l’étendue du panier.
Écart entre le discours et le véhicule législatif effectivement déposé, tous deux publics. Un montant de 1,5 Md€ correspond à un lancement, pas au coût d’un régime permanent.
Les scrutins publics sont nominatifs et vérifiables. Ils sont donnés ici sans commentaire, y compris ceux qui vont à l'encontre de l'image courante du groupe en matière de fiscalité du capital.
Projet de loi de finances pour 2023, amendement de Jean-Philippe Tanguy
Projet de loi de finances pour 2026, amendement du groupe rapporté par Kévin Mauvieux
Scrutin public n° 3300, amendement n° 2359 et identiques
Projet de loi de finances pour 2026, amendement n° 807 de Jean-Philippe Tanguy
Scrutin public n° 3694, amendement n° 70 et identiques
Le relevé n'est pas univoque, et il serait malhonnête de le présenter comme tel. Le groupe a fait adopter un relèvement de la taxe sur les rachats d'actions et le rétablissement de l'exit tax, deux alourdissements réels de la fiscalité du capital. Il a voté contre l'impôt plancher sur les patrimoines supérieurs à100 millions d'euros.
Ce que ce relevé établit est plus étroit, et suffit à cette page : les recettes que le contre-budget mobilise ne sont pas des slogans, elles ont été portées en séance. Reste entière la question de leur rendement réel, qui est le sujet de la section suivante.
Tout ce qui précède a été calculé à assiette constante, c'est-à-dire en supposant que personne ne change de comportement quand le taux change. C'est une convention favorable au programme. Voici ce qu'elle laisse de côté, et ce que valent historiquement les bouclages annoncés.
Un programme qui baisse les prélèvements part donc d'un solde déjà très dégradé, et chaque milliard de recette annoncée qui ne rentre pas s'ajoute à cette ligne. C'est vrai de tous les programmes, quel que soit le camp, et c'est la raison pour laquelle la solidité d'un bouclage compte autant que son intention.
Un impôt plancher de 20 % sur les foyers déclarant plus de 250 000 €, voté en loi de finances 2025 et appliqué. Le seul test réel disponible d'une recette assise sur une assiette étroite.
Ce n'est pas une prévision d'institut, c'est une exécution budgétaire. Elle vaut pour la taxe sur les rachats d'actions comme elle valait pour les mesures d'un tout autre camp.
Aucun chiffrage indépendant du programme 2027 n'existe. Les deux précédents portent sur des plateformes plus larges qu'un contre-budget, et ne sont donc pas directement comparables aux chiffres examinés plus haut. Ils indiquent en revanche l'écart historique entre une plateforme électorale et son bouclage.
Ce que représenterait le solde de 101,8 Md€, si les mêmes ordres de grandeur se reproduisaient.
Un point de taux normal de TVA rapporte 8,9 Md€. Ces conversions ne sont pas des propositions du programme : ce sont des unités de mesure, destinées à donner un ordre de grandeur familier. Le déficit augmenterait de 67 % par rapport à son niveau de 2025.
Ces effets ne sont jamais déduits de nos totaux. Ils servent uniquement à indiquer dans quel sens ceux-ci sont probablement biaisés, y compris quand ils jouent en faveur du programme.
La contribution différentielle sur les hauts revenus, plancher de 20 % voté en loi de finances 2025 et appliqué, devait rapporter 1.9 Md€. Elle en a encaissé 0.4. Ce n’est pas une prévision d’institut, c’est une exécution budgétaire, et elle vaut pour toute recette assise sur une assiette étroite et mobile, quel que soit le camp qui la propose. Les 8,4 Md€ attendus d’une taxe à 33 % sur les rachats d’actions devraient être lus à cette aune.
Le ministère de l’Économie relève que la baisse profiterait pour partie aux distributeurs plutôt qu’aux consommateurs. Le coût budgétaire, lui, est intégral dès le premier jour. L’objection est toutefois plus faible pour l’énergie que pour un service : l’électricité et le gaz sont vendus à des tarifs encadrés et facturés en toutes taxes comprises, ce qui rend la répercussion mécaniquement plus complète. C’est un point où la mesure est mieux armée que la comparaison courante ne le suggère.
Plusieurs postes d’économies portent sur des budgets qui ne sont pas ceux de l’État : les prestations familiales relèvent de la branche famille de la sécurité sociale, l’aide sociale à l’enfance des départements, la dotation globale de fonctionnement des collectivités. Une économie y réduit un besoin de financement, elle n’alimente pas le budget général qui supporte les baisses d’impôt promises.
Le coût d’une TVA réduite sur l’énergie augmente mécaniquement avec le prix de l’énergie, et celui d’une baisse d’impôts de production avec la masse salariale et la valeur ajoutée. Les recettes annoncées en regard, elles, portent sur des assiettes qui se contractent quand on les taxe. L’asymétrie ne joue pas dans le même sens des deux côtés du tableau.
Un raisonnement qui ne survit qu'en cachant ses angles morts ne vaut rien. Voici les points sur lesquels le programme analysé a raison, et ceux où notre propre démonstration reste fragile.
Le tableau annexe du document totalise 88,3 Md€ d'un côté et 52,7 Md€ de l'autre. L'addition tombe juste. Le reproche courant selon lequel le programme ne dirait pas d'où vient l'argent est infondé : il le dit, ligne par ligne, au million près. Notre objection porte sur la solidité des assiettes, pas sur l'existence du chiffrage.
La Cour des comptes établit que la fiscalité de l'énergie représente 3,9 % du revenu du premier quintile contre 1,1 % du dernier, soit un écart d'environ 4 pour un. L'énergie pèse 9,4 % du budget des ménages. Rien dans cette page ne conteste ce diagnostic ni la légitimité de vouloir le corriger. Notre objection porte sur l'instrument retenu, pas sur le problème posé.
Nous raisonnons sur un exercice parlementaire borné à une année et à des amendements réels, faute de chiffrage présidentiel publié. Un programme de campagne pourrait retenir un périmètre plus large, ce qui déplacerait tous nos pourcentages. Le choix de ce document est favorable au programme, puisqu’un contre-budget est par construction plus prudent qu’une plateforme. Mais il n’en est pas l’équivalent, et il faut le savoir en lisant nos ratios.
Les analyses de 2022 et de 2024 portent sur des plateformes électorales antérieures, dont plusieurs mesures ont depuis disparu des documents budgétaires du parti. Elles ne peuvent pas servir à juger le programme de 2027, et nous ne les mobilisons que pour situer l'écart historique entre une annonce et son bouclage. Un chiffrage indépendant de l'édition 2027 pourrait conclure tout autrement.
Nous relevons que le montant annoncé pourrait être un rendement brut plutôt qu'un gain net. Le chiffrage indépendant disponible place le rendement total d'un tel impôt entre 3,2 Md€ et 4,5 Md€ : le chiffre du parti est donc dans la fourchette. Notre lecture est la plus sévère des deux possibles, et le document ne permet pas de trancher. Nous le signalons plutôt que de présenter notre interprétation comme établie.
L'exonération d'impôt sur le revenu pour les moins de 30 ans est souvent présentée comme inconstitutionnelle. Nous n'avons identifié aucune décision du Conseil constitutionnel portant spécifiquement sur un critère d'âge en matière d'impôt sur le revenu. La jurisprudence la plus proche que nous ayons vérifiée est la décision n° 2000-437 DC du 19 décembre 2000, qui porte sur un autre dispositif et un autre motif. Nous ne présentons donc pas cette analogie comme un précédent, et la mesure n’est pas traitée comme juridiquement bloquée.
Nous n’avons retenu que le montant que le parti inscrit lui-même dans son document. Il n’existe pas de chiffrage officiel consolidé du coût budgétaire net de l’immigration, et les évaluations disponibles varient d’un signe à l’autre selon le périmètre retenu, l’inclusion ou non des descendants, le traitement des dépenses non individualisables et l’horizon de calcul. Ce choix nous prive d’un argument dans les deux sens, et c’est délibéré : un dossier budgétaire ne peut pas reposer sur un agrégat dont la valeur dépend des conventions plus que des données.
Taxe sur les rachats d’actions portée à 33 %, rétablissement de l’exit tax : ce ne sont pas des postures, ce sont des amendements adoptés en séance. Une lecture qui présenterait ce programme comme uniquement favorable aux hauts patrimoines serait démentie par les scrutins publics. Notre objection porte sur le rendement attendu de ces mesures, pas sur leur sincérité.
Cette page évalue une question, et une seule : les recettes et économies annoncées peuvent-elles produire les montants inscrits, et qui compose leur assiette ? Elle ne se prononce ni sur la politique migratoire, ni sur le niveau souhaitable de la dépense publique, ni sur le périmètre de l’État. Ce sont des choix politiques : ils se tranchent dans l’urne, pas dans un tableur.
Les mesures viennent des documents budgétaires du groupe, les données publiques de la Cour des comptes, de la DGFiP, du HCFiPS, du service des données du développement durable et des scrutins de l'Assemblée nationale. Les chiffrages contradictoires sont cités avec leur auteur.
Toutes les mesures et tous les montants du programme viennent du contre-budget du groupe, document public et chiffré au million près, plutôt que d’interviews ou de meetings. C’est le choix le plus favorable au programme : un contre-budget parlementaire est un exercice contraint, donc plus prudent qu’une plateforme de campagne.
Tous les totaux sont établis à assiette constante : aucun effet de comportement n’est jamais déduit d’un total, ni pour gonfler une recette ni pour minorer un coût. Le seul poste du contre-budget qui déduit explicitement un effet de comportement est signalé comme tel, et conservé.
Chaque fois qu’un chiffrage existe sous forme de fourchette, la borne la plus favorable à la mesure est retenue : le coût le plus bas pour une baisse, le rendement le plus haut pour une recette. La baisse de TVA sur l’énergie est ainsi comptée au montant du parti, inférieur de plus de la moitié à celui de l’administration.
Chaque ligne chiffrée porte son origine : chiffre du parti, chiffrage publié par une institution, ou hypothèse que nous assumons faute des deux premiers. Le lecteur doit pouvoir refaire le calcul et contester ligne par ligne.
Le partage est calculé sur les baisses annoncées par le parti, pas sur le budget de l’État. Comparer une recette à un agrégat qu’elle n’a jamais prétendu financer serait un homme de paille. Les comparaisons centrales confrontent des lignes du document à d’autres lignes du même document.
Aucun chiffrage global de « coût de l’immigration » n’est mobilisé, dans aucun sens. Il n’en existe pas de version officielle consolidée, et les évaluations disponibles changent de signe selon le périmètre. Seul le montant que le parti inscrit lui-même est retenu.
Les fragilités connues.
Base retenue sur cette page : 45 Md€ de baisses de prélèvements et 31 Md€ de recettes nouvelles, chiffres du contre-budget du 23 octobre 2025.