La critique habituelle est mauvaise. On reproche souvent à Édouard Philippe de vouloir l'austérité sans le dire. C'est faux : il publie une cible chiffrée, datée et opposable, ramener le déficit à 2 % du PIB en fin de quinquennat. C'est presque exactement la trajectoire que la Cour des comptes juge nécessaire. Sur ce point, il a raison.
Le problème est ailleurs, et il est plus sérieux : l'affiche et le tableur ne parlent pas des mêmes dépenses. L'affiche dit les agences, les arrêts de travail, l'assurance chômage. Le tableur, lui, ne peut aller chercher 92,6 Md€ que dans les trois postes les plus larges du budget : les retraites, la santé et les rémunérations publiques. Cette page reconstitue le partage, ligne par ligne.
Deux réservoirs, tous deux vérifiables : la rubrique « Pour une France plus prospère » du site de campagne, et des déclarations datées attribuées à un média identifié. Chaque libellé porte sa provenance. La discussion commence après.
« Ramener le déficit de plus de 5 % à 2 % du PIB en fin de quinquennat »
Site de campagne, rubrique « Pour une France plus prospère »
Objectif global du programme. C’est le dénominateur de toute cette page.
« Inscrire une « règle d’or » budgétaire dans la Constitution »
Site de campagne, et comparateur des programmes de la Fondation iFRAP, qui précise « hors dépenses militaires »
Contrainte constitutionnelle sur le déficit. Elle oblige à l’ajustement sans dire d’où il vient.
« Supprimer les niches fiscales »
Comparateur des programmes de la Fondation iFRAP
Suppression de dépenses fiscales, sans liste ni montant publiés. Techniquement une hausse d’impôt.
« Sur l’assurance chômage, ma direction c’est de faire comme l’Allemagne. Douze mois d’indemnisation maximum pour les moins de 50 ans »
Entretien à l’AFP, 27 août 2026, avant le débat devant le Medef
Durée maximale ramenée de 18 mois à 12 mois pour les moins de 50 ans, contre un seuil d’âge fixé à 55 ans aujourd’hui.
« Ne rien verser sur les deux premiers jours d’un arrêt ponctuel »
Entretien à l’AFP, 27 août 2026 ; le candidat évoque une hausse « de presque 40 % » des arrêts de travail entre 2019 et 2025
Deux jours de carence non indemnisés sur les arrêts courts, sur le modèle espagnol.
« Travailler plus tout en prenant en compte la diversité des carrières »
Site de campagne ; sur France Inter le 28 mai 2026 : « nous allons devoir travailler plus longtemps, oui »
Report de l’âge au-delà des 64 ans issus de la réforme de 2023, sans âge cible publié à ce jour.
« Créer un pilier de capitalisation à 10-15 % des pensions d’ici quinze ans »
Site de campagne
Complément par capitalisation, à horizon quinze ans, donc au-delà du quinquennat évalué ici.
« Dépenser mieux, en misant sur la prévention et les transformations technologiques »
Site de campagne
Stabilisation des dépenses de santé. Aucun montant, aucun instrument, aucun calendrier publiés.
« Faire baisser la dépense sociale en faisant contribuer les retraités »
Comparateur des programmes de la Fondation iFRAP
Contribution accrue des pensions. L’assiette est l’ensemble des retraités, pas une catégorie étroite.
« En sorte qu’on travaille plus longtemps dans la semaine, plus longtemps dans l’année et peut-être plus longtemps dans la vie »
Entretien à RTL, 25 juin 2025
Modification de la durée légale du travail, sans retour annoncé aux 39 heures.
« 50 Md€ de baisses d’impôts de production contre 50 Md€ d’aides publiques improductives en moins »
Site de campagne ; présenté en novembre 2025 comme « un deal à 50 milliards d’euros », soit « 250 milliards pour un quinquennat »
Échange à somme nulle par construction : la baisse d’impôt est gagée sur la baisse d’aide. Effet nul sur le déficit.
« Réorganiser massivement l’État en regroupant ou privatisant les agences et opérateurs enchevêtrés »
Site de campagne ; le comparateur iFRAP retient aussi « fusionner 4 agences pour recréer une DATAR 2.0 »
Cible de structure, pas de politique publique. Le rendement dépend de ce qu’on cesse de faire, pas de qui le fait.
Le candidat s'est déclaré le 3 septembre 2024, a lancé sa campagne le 10 mai 2026, réunion d’Horizons à Reims et tenu son premier meeting le 5 juillet 2026, Adidas Arena, Paris. Sa méthode revendiquée tient en une phrase, publiée sur sa page d'accueil : « tout dire avant pour pouvoir tout faire après ».
À huit mois du scrutin, la cible de déficit est publiée, mais aucun chiffrage global du programme ne l'est. Aucune mesure d'économie n'a de rendement annuel annoncé. C'est un fait, pas un procès : nous le constatons de la même manière que nous avons constaté, pour le programme de La France insoumise, que le dernier chiffrage disponible datait de 2022.
La seule question qui vaut est donc celle de la masse. Quel poste de dépense, et de quelle taille, chacune de ces mesures va-t-elle réellement chercher ?
La rubrique « Pour une France plus prospère » du site de campagne
La phrase est courte et elle engage. Traduite en euros, elle donne la taille exacte du problème que le programme doit résoudre. Nous la convertissons au PIB de la dernière année connue, ce qui est la lecture la plus favorable : exprimé en euros de la dernière année du quinquennat, le même ajustement serait plus lourd.
Sur la cible elle-même, le candidat a raison.
La Cour des comptes estime qu'un effort de 0,6 point de PIB par an à partir de 2027 serait nécessaire pour tenir les engagements européens, soit 3,0 points sur cinq exercices. La cible du programme, 3,1 points, est donc à peu près exactement celle de l'institution de contrôle. Elle n'a rien d'excessif ni de fantaisiste.
Il faut ajouter que le diagnostic de départ est solide. Avec 1714,1 Md€ de dépense publique, soit 57,2 % du PIB, contre 1561,6 Md€ de recettes, soit 52,1 %, l'écart français ne vient pas d'un défaut de prélèvement. La France prélève déjà davantage que presque tous ses voisins. C'est bien la dépense qui explique le solde, et le dire n'est pas une position idéologique, c'est une identité comptable.
La question posée par cette page n'est donc pas la cible. C'est le chemin.
Le « deal » à 250 Md€ sur un quinquennat est le chiffre le plus répété de la campagne, et le seul qui atteigne les centaines de milliards. Sa structure est publiée sans ambiguïté : 50 Md€ de baisse d'impôts de production contre 50 Md€ d'aides publiques en moins, chaque année. Une baisse de recette gagée sur une baisse de dépense du même montant laisse le solde public strictement inchangé.
Ce n'est pas une critique de la mesure. L'écart d'impôts de production entre la France, 75 Md€, et l'Allemagne, 23 Md€, est réel et documenté, et le corriger peut avoir des effets réels sur la production. C'est simplement constater que cette mesure appartient à un autre débat que celui du redressement des comptes, et qu'elle ne peut donc pas être portée au crédit des 92,6 Md€.
Trois mesures d'économie sont nommées avec assez de précision pour être chiffrées : l'assurance chômage, les agences de l'État et les jours de carence. Aucune n'a de rendement publié par le candidat. Nous en construisons donc un, avec une règle simple : borne haute systématique, et sur deux lignes une hypothèse volontairement irréaliste en faveur du programme.
Les allocations d’assurance chômage représentent 36,9 Md€ en 2025. Nous supposons que ramener la durée maximale de 18 à 12 mois, soit un tiers de moins, réduit d’un tiers la dépense d’allocations. C’est arithmétiquement impossible : cela reviendrait à supposer que tous les allocataires vont aujourd’hui au bout du plafond, ce qui est faux, et à ignorer que la mesure ne vise que les moins de 50 ans. Nous la retenons quand même, pour que la démonstration tienne dans le scénario le plus généreux.
Borne haute de la fourchette de 2 à 3 Md€ avancée devant la commission d’enquête du Sénat par la ministre chargée des comptes publics, sans méthode de calcul publiée. Le rapport sénatorial, lui, chiffre 540 M€ pour une réduction de 20 % du coût des fonctions support des opérateurs, et 10 M€ pour une réduction de 20 % du nombre de commissions consultatives.
Le candidat évalue lui-même le coût des arrêts de travail à environ 17 Md€ par an. Nous retenons 10 % de ce montant, soit une borne très haute : la mesure ne porte que sur les deux premiers jours des arrêts courts, alors que l’essentiel du coût des indemnités journalières vient des arrêts longs, sur lesquels deux jours ne pèsent presque rien.
L'ordre de grandeur.
Même en accordant au programme des rendements qu'il ne revendique pas et qu'aucune évaluation ne soutient, les trois cibles nommées produisent 17 Md€ par an, soit 18,4 % de l'ajustement annoncé. Il reste 75,6 Md€ à trouver ailleurs.
Ce calcul ne dépend d'aucune hypothèse politique. Il dit seulement que l'ajustement ne peut pas venir d'un organigramme, d'un régime d'indemnisation ni de deux jours de carence, parce que ces trois postes ne pèsent pas assez. Ce n'est pas un reproche de sincérité : c'est une question de taille.
La dépense publique n'est pas un continuum de petites lignes. Elle est très concentrée, et cette concentration décide de tout : au-delà de quelques milliards, aucune économie ne peut éviter les retraites, la santé et les rémunérations publiques. Ce constat vaut contre tous les programmes, pas seulement celui-ci.
Sur ce point précis, le programme a raison.
L'écart de dépense entre la France et la moyenne de l'Union est de 8,0 points de PIB. Les retraites et la santé en expliquent à elles seules 4,4 points, soit 55 %. Désigner ces deux postes n'est donc pas un choix idéologique arbitraire : c'est effectivement là que se loge la spécificité française, et refuser d'y toucher revient à refuser l'objectif.
Mais c'est exactement pour cette raison que la conclusion s'impose : ces deux postes ne sont pas des cibles étroites. Ce sont toutes les pensions et tous les soins.
Le pourcentage indiqué est celui que chaque poste devrait absorber s'il portait seul les 75,6 Md€ restants. Ce n'est pas un scénario, c'est une échelle. Et ces trois montants ne doivent jamais être additionnés : les rémunérations des personnels hospitaliers appartiennent à la fois à la masse salariale publique et aux dépenses de santé.
L’ensemble des pensions versées chaque mois, tous régimes confondus. La dépense la plus rigide du budget de la Nation, indexée et juridiquement acquise.
Ce que le programme en dit. « Travailler plus tout en prenant en compte la diversité des carrières » et « faire contribuer les retraités ». Aucun âge cible, aucun montant.
La France y consacre 14,5 points de PIB contre 11,8 en moyenne dans l’Union : c’est le premier poste d’écart, et le candidat a raison de le désigner.
Toute la population, sans exception ni seuil. Soins de ville, hôpital, médicaments, indemnités journalières.
Ce que le programme en dit. « Dépenser mieux, en misant sur la prévention et les transformations technologiques ». Aucun instrument, aucun calendrier.
Deuxième poste d’écart avec l’Union : 11,7 points de PIB contre 10,0. La prévention produit des économies réelles, mais à un horizon supérieur à un quinquennat.
Les agents des trois fonctions publiques, dont les enseignants, les soignants et les forces de sécurité. Cotisations employeur comprises.
Ce que le programme en dit. « Réorganiser massivement l’État ». Aucun objectif d’effectifs ni de point d’indice publié.
Poste transversal : une partie recoupe la santé et l’enseignement. Il ne doit jamais être additionné aux deux précédents.
Une ligne du programme n'est ni une cible étroite ni une masse de dépense : « supprimer les niches fiscales ». Elle est citée sans liste ni montant. Or c'est le seul poste nommé dont l'ordre de grandeur approche l'objectif. Les 465 dépenses fiscales recensées coûtent 88,3 Md€ par an, soit 95,4 % de l'ajustement à produire.
Il faut alors dire ce que cela implique, et le dire de la même façon que nous l'avons dit au programme de La France insoumise, qui aboutit exactement au même gisement : supprimer une niche, c'est augmenter un impôt. Techniquement, aucun taux ne monte. Économiquement, quelqu'un paie davantage, et ce quelqu'un n'est pas majoritairement fortuné : crédit d'impôt emploi à domicile, taux réduits de TVA, abattements sur les pensions et les salaires.
La convergence mérite d'être notée sans ironie. Deux programmes que tout oppose désignent, chacun d'un mot et sans détail, le même gisement de 88,3 Md€. C'est peut-être le signe qu'il est le bon. C'est sûrement le signe qu'il est politiquement coûteux, puisque personne ne veut en faire son affiche.
Les retraites sont le seul poste de la bonne taille, et le programme le désigne explicitement. La question devient donc mesurable : la réforme de 2023, qui a reporté l'âge légal de 62 à 64 ans et provoqué la plus longue crise sociale du quinquennat précédent, produit un rendement connu. Il suffit de le comparer au besoin.
Ce que ce rapport signifie.
En supposant, ce qui est très favorable, que le rendement soit proportionnel au nombre d'années de report, produire les 75,6 Md€ restants par le seul âge légal supposerait un report de l'ordre de 13 années supplémentaires. Le candidat a évoqué, en 2021 puis sans le démentir depuis, un âge de 65, 66 voire 67 ans. Même 67 ans, soit trois ans de plus que le droit actuel, n'en couvre pas le quart.
L'objection n'est donc pas que le report d'âge serait injuste, ce qui est un débat politique légitime et qui ne se tranche pas ici. L'objection est arithmétique : même le levier le plus lourd et le plus conflictuel du système ne suffit pas. Le solde retombe alors sur le niveau des pensions, sur les prélèvements qui pèsent sur elles, ou sur les autres masses.
Et le programme le dit, à sa manière, dans une formule qui mérite d'être lue lentement : « faire baisser la dépense sociale en faisant contribuer les retraités ». Ce n'est plus un report d'âge, c'est un prélèvement sur les pensions. L'assiette n'est pas une catégorie étroite : c'est l'ensemble des retraités.
Le programme prévoit « un pilier de capitalisation à 10-15 % des pensions d'ici quinze ans ». L'horizon annoncé est trois fois celui du mandat. Surtout, un pilier par capitalisation ne réduit pas la dépense de retraite pendant sa montée en charge : les pensions en cours continuent d'être servies par répartition pendant que les nouvelles cotisations sont capitalisées. C'est une transformation du système, éventuellement souhaitable, mais ce n'est pas une économie disponible pour l'effort de 17,9 % calculé plus haut sur ce poste.
« Travailler plus longtemps dans la semaine, plus longtemps dans l'année et peut-être plus longtemps dans la vie », tout en écartant un retour aux 39 heures. Allonger la durée du travail élargit l'assiette des cotisations et peut donc améliorer le solde. Mais sans norme chiffrée, sans calendrier et sans instrument juridique publié, il n'existe aucun moyen d'en évaluer le rendement, ni pour le contester, ni pour le créditer.
Maire du Havre, Premier ministre de mai 2017 à juillet 2020. C'est un avantage sur ses concurrents : ses intentions ne se déduisent pas seulement d'un programme, elles se lisent dans une action passée, évaluée par la commission des finances du Sénat en octobre 2019. Voici ce que cette évaluation établit.
Coût annuel pour les finances publiques évalué par le Sénat. Le rapport qualifie la réforme d’anti-redistributive et relève un gain fiscal moyen de 8 338 € par foyer concerné.
Coût annuel initialement prévu au titre de l’impôt sur le revenu. Le Sénat relève que le coût réel a été surestimé d’au moins 500 M€, les dividendes déclarés ayant fortement augmenté après la réforme.
Engagée sous son gouvernement, achevée après son départ. Elle a supprimé une recette locale sans la remplacer par un impôt de même nature, ce qui pèse durablement sur l’autonomie fiscale des communes.
Passage du taux normal de 33,33 % à 25 %, engagé sous son gouvernement et achevé après. C’est la baisse de prélèvement la plus lourde de la période.
Engagement de la responsabilité du gouvernement par l’article 49.3 le 29 février 2020, puis abandon du texte à la faveur de la crise sanitaire. La réforme n’a jamais produit d’effet budgétaire.
L'ISF transformé en IFI et la création de la flat tax. La suppression de la taxe d'habitation et la baisse du taux normal de l'impôt sur les sociétés, plus lourdes encore, ne sont pas comptées ici parce que leur montée en charge s'est achevée après son départ.
Le rapport sénatorial qualifie la réforme d'anti-redistributive. Il relève aussi que le coût du prélèvement forfaitaire unique a été surestimé d'au moins 500 M€, les dividendes déclarés ayant fortement augmenté : un point qui joue, lui, en faveur de la politique menée.
Ce que ce bilan dit du programme, et ce qu'il n'en dit pas.
Il établit une constance doctrinale : baisser les prélèvements sur le capital et sur la production, en pariant sur l'activité. Le « deal » de la campagne en est le prolongement direct, à ceci près qu'il est cette fois explicitement gagé sur une baisse de dépense équivalente, ce qui n'avait pas été le cas entre 2017 et 2020.
Il établit aussi une difficulté : la seule réforme de dépense de grande ampleur engagée sous son gouvernement, le système universel de retraite, n'a jamais abouti. Elle a été portée jusqu'à l'engagement de responsabilité du 29 février 2020, puis abandonnée. Un programme qui repose sur la dépense doit répondre à cette objection, et elle ne porte pas sur la volonté du candidat, elle porte sur la faisabilité politique de l'exercice.
Il ne dit rien, en revanche, de ce qu'un second exercice produirait. La crise sanitaire a rendu toute comparaison de trajectoire budgétaire avant et après 2020 largement dépourvue de sens, et nous n'en tirons donc aucun chiffre.
Tout ce qui précède a été calculé à périmètre et à PIB constants, en supposant que les économies annoncées se réalisent intégralement. C'est une convention favorable au programme. Voici ce qu'elle laisse de côté, y compris quand cela nous dessert.
C'est le deuxième niveau d'Europe. Il ferme, en pratique, l'option d'un redressement par les recettes, et c'est ce qui donne sa force à la position du candidat. Mais il crée aussi une contrainte symétrique : dans un pays qui prélève déjà autant, chaque euro d'économie retiré est un service ou une prestation qui disparaît, pas une marge administrative qui se résorbe.
La lutte contre la fraude ne figure pas dans les mesures publiées par le candidat, mais elle revient dans tous les débats budgétaires comme ressource supposée gratuite. L'exécution réelle vaut d'être rappelée une fois pour toutes.
Environ 66,7 % du montant notifié, soit 5,7 Md€ d'écart entre deux exercices voisins.
Et surtout, ces 11,4 Md€ sont déjà encaissés dans les recettes courantes : ils ne financent rien de nouveau. Seul un supplément de recouvrement serait une recette additionnelle. La Cour des comptes prévient d'ailleurs que les estimations de fraude ne sont pas « une cagnotte dans laquelle les pouvoirs publics pourraient puiser à leur gré ».
Ces effets ne sont jamais déduits de nos totaux. Ils servent uniquement à indiquer dans quel sens ceux-ci sont probablement biaisés. Deux d'entre eux jouent contre notre propre démonstration, et sont conservés pour cette raison.
La commission d’enquête du Sénat sur les agences et opérateurs a regardé ce qui s’était réellement passé lors de la vague précédente de fusions et de suppressions, entre 2015 et 2019. Le résultat tient en une ligne : une baisse des emplois de 0,8 % à périmètre constant. Le rapport intitule d’ailleurs sa section « des gains potentiels mais pas de miracle arithmétique », et conclut que l’enjeu véritable porte sur le périmètre des politiques publiques, pas sur l’organigramme qui les porte.
Nous raisonnons à PIB constant, ce qui est sévère. Dans la réalité, si la dépense progresse moins vite que le PIB nominal, le ratio de déficit baisse sans qu’aucune ligne ne soit coupée en euros. C’est arithmétiquement exact et cela allège l’effort affiché ici. Cela ne change pas l’identité des postes concernés : freiner une dépense de 1 700 Md€ en dessous de l’inflation, ce sont bien les pensions, les salaires publics et les tarifs de santé qui décrochent, puisqu’il n’y a presque rien d’autre dedans.
La Cour des comptes projette une charge d’intérêts supérieure à 100 Md€ à l’horizon 2029. Cette ligne passe avant toute politique publique, ne finance rien, et progresse mécaniquement tant que le déficit reste positif. Elle absorbe une partie de l’ajustement au fur et à mesure qu’il est produit.
Le rapport du Sénat de 2019 sur le prélèvement forfaitaire unique constate que son coût réel a été surestimé d’au moins 500 M€, les dividendes déclarés ayant fortement augmenté après la réforme. Cet effet est réel, il joue en faveur d’une politique de l’offre, et il est cité ici précisément parce qu’il affaiblit notre propre démonstration. Le même rapport rappelle toutefois qu’une partie de la hausse relève d’un déstockage ponctuel de réserves, non reproductible.
Un raisonnement qui ne survit qu'en cachant ses angles morts ne vaut rien. Voici les points sur lesquels le programme analysé a raison, et ceux où notre propre démonstration reste fragile.
La France prélève 43,6 % du PIB, deuxième niveau d'Europe, et dépense davantage encore. L'écart de dépense avec la moyenne de l'Union atteint 8,0 points de PIB. Dans cette configuration, prétendre redresser les comptes par les seules recettes relève de la pensée magique, et le candidat a raison de le dire sans détour. Rien dans cette page ne conteste ce point de départ.
L'ajustement annoncé, 3,1 points de PIB sur un quinquennat, correspond presque exactement aux 3,0 points que la Cour des comptes juge nécessaires. Publier une cible chiffrée, datée et opposable est en outre une exigence que peu de programmes s'imposent. Sur ce plan, ce dossier est mieux armé que celui consacré à La France insoumise, dont le dernier chiffrage global datait de 2022.
Ces deux fonctions expliquent 4,4 points des 8,0 points d'écart avec l'Union. Les désigner n'est donc pas un choix idéologique : c'est aller là où se trouve la spécificité française. Notre objection ne porte pas sur le fait de les viser, elle porte sur le fait qu'on ne peut pas les viser en laissant croire qu'on ne vise que des agences et des arrêts de travail.
Le rendement de l'assurance chômage et celui des jours de carence ne reposent sur aucun chiffrage public. Nous les avons calibrés au point d'être arithmétiquement impossibles : supposer qu'un tiers de la dépense d'allocations disparaît reviendrait à supposer que tous les allocataires vont au bout du plafond, ce qui est faux. Un chiffrage officiel les réviserait presque certainement à la baisse, ce qui renforcerait notre conclusion plutôt que de l'affaiblir. Mais il faudrait le dire aussi si l'inverse se produisait.
Nous raisonnons à PIB constant. Dans la réalité, une dépense qui progresse moins vite que le PIB nominal fait baisser le ratio de déficit sans qu'aucune ligne ne soit coupée en euros. Une partie des 92,6 Md€ peut donc se produire sans décision de coupe explicite. C'est exact, et c'est l'angle mort le plus sérieux de cette page. Il ne change pas l'identité des postes concernés : freiner durablement une dépense en dessous de l'inflation, ce sont les pensions, les salaires publics et les tarifs de santé qui décrochent.
Le rapport du Sénat de 2019 constate que le coût du prélèvement forfaitaire unique a été surestimé d'au moins 500 M€, les dividendes déclarés ayant fortement augmenté après la réforme. C'est un argument en faveur d'une politique de l'offre, il est documenté par une source institutionnelle, et il figure ici parce qu'il affaiblit notre lecture. Le même rapport rappelle toutefois qu'une partie de cette hausse relevait d'un déstockage ponctuel de réserves, non reproductible.
Dire que les cibles nommées produisent 18,4 % de l'objectif, soit 17 Md€, n'est pas accuser le candidat de mentir. Un programme de campagne n'est pas un projet de loi de finances, et il est légitime de ne pas détailler toutes les coupes huit mois avant un scrutin. Notre objection est plus étroite : tant que le détail n'est pas publié, l'électeur ne peut pas savoir ce qu'il vote, et la charge de la preuve reste du côté de celui qui annonce la cible.
Nous relevons que les 88,3 Md€ de dépenses fiscales sont le seul poste nommé de la bonne taille. C'est une hausse d'impôt déguisée, dont l'incidence tombe largement sur des ménages moyens. Nous avons écrit exactement la même chose dans le dossier consacré à La France insoumise, et il faut le répéter ici : nous ne proposons pas un repas gratuit.
Cette page évalue une question, et une seule : les masses désignées peuvent-elles produire l'ajustement annoncé, et qui les compose ? Elle ne se prononce ni sur l'âge souhaitable de départ à la retraite, ni sur le niveau souhaitable de l'assurance chômage, ni sur le périmètre souhaitable de l'État. Ce sont des choix politiques : ils se tranchent dans l'urne, pas dans un tableur.
Les mesures viennent du site de campagne et de déclarations datées. Les données publiques viennent de l'Insee, du Sénat, de la Cour des comptes et de FIPECO. Les chiffrages contradictoires sont cités avec leur auteur.
Tous les totaux sont établis à périmètre et à PIB constants, sur la dernière année pleine connue. Aucun effet de croissance nominale n’est mobilisé pour réduire un écart, et aucune économie annoncée n’est minorée au motif qu’elle serait difficile à obtenir.
Chaque fois qu’une économie n’a pas de chiffrage public, nous en construisons un délibérément trop favorable, et nous disons en quoi il l’est. Deux de nos trois lignes sont arithmétiquement impossibles à atteindre : elles sont retenues quand même.
Chaque ligne chiffrée porte son origine : chiffre du candidat, chiffrage publié par une institution, ou hypothèse que nous assumons faute des deux premiers. Le lecteur doit pouvoir refaire le calcul et contester ligne par ligne.
Le partage est calculé sur la cible de déficit annoncée par le candidat lui-même, publiée sur son site de campagne, et non sur un objectif que nous lui prêterions. La conversion en euros est faite au PIB de la dernière année connue, ce qui est la lecture la plus favorable.
Les retraites, la santé et les rémunérations publiques se recoupent partiellement, les salaires hospitaliers appartenant à deux de ces ensembles. Elles sont donc présentées séparément, chacune avec l’effort qu’elle supporterait seule. Les additionner produirait un double compte et une conclusion fausse.
Les sources de presse dont le serveur refusait l’accès automatisé ont été écartées, même quand leur contenu circulait par ailleurs. Plusieurs propositions attribuées au candidat dans le débat public ne figurent donc pas ici, faute d’avoir pu ouvrir la page qui les portait.
Les fragilités connues.
Ajustement annoncé retenu sur cette page : 92,6 Md€ par an. Économies produites par les cibles nommées : 17 Md€, soit 18,4 %, en hypothèses hautes. Programme et déclarations relevés au 27 août 2026, débat des candidats devant le Medef.